Bien gérer les risques financiers : les limites de la diversification

(MoneyGuide.fr) - Il est utile de rappeler que les objectifs et les contraintes de chaque investisseur induisent des stratégies de couverture de risques spécifiques à chacun1.

Parmi ces risques financiers, la concentration est apparue comme le plus répandu et le plus dangereux pour un investisseur.

Il faut rappeler que pour tout actif financier, on peut définir un couple rendement-risque ou, mieux dit encore, un couple espérance de rendement-risque. Le risque dont il s’agit ici est bien évidemment que le rendement de l’actif financier soit inférieur à celui espéré.

Par exemple, le couple rendement-risque d’un bon du Trésor américain est particulier puisque le rendement espéré est sûr et qu’en conséquence le risque est nul. Autrement dit, le Trésor américain, sauf cataclysme économique, versera à la date prévue l’intérêt lui aussi prévu. Mais la certitude liée à cet objectif particulier ne s’attache qu’au rendement exprimé en dollars américains et ne préjuge pas des risques liés à la fluctuation des devises pour un investisseur européen ou pour un investisseur qui raisonnerait en euros.

À l’inverse, investir dans une action donnée, c’est accepter le risque que le prix de cette action baisse, éventuellement de façon importante. La contrepartie de ce risque doit donc être un espoir de gain lui-même important pour que l’investisseur juge qu’il peut retirer un intérêt à s’engager.

Ce qui précède est indiscutable lorsqu’il s’agit d’une action. Cela est moins vrai lorsqu’il s’agit d’un portefeuille d’actions où les probabilités que tous les titres baissent en même temps de façon importante sont limitées.

C’est pourquoi, et fort judicieusement, la plupart des détenteurs d’actifs financiers risqués optent pour la diversification. Comme l’a dit récemment et très justement un gestionnaire de fonds: «On fait une fortune avec un titre, on ne la conserve qu’avec plusieurs.»

S’il est possible de concevoir que, bien souvent, la diversification des actifs financiers est essentielle pour la gestion saine d’un patrimoine2, il apparaît souvent aussi que réaliser cette diversification souhaitable et souhaitée se heurte à des contraintes auxquelles il est malaisé d’échapper.

Les cadres dirigeants, par exemple, sont régulièrement confrontés à cette situation, car ils ont accumulé un patrimoine financier constitué pour l’essentiel d’actifs financiers indexés sur la valeur de leur société: investissements directs ou indirects en actions, actions gratuites, options d’achat ou de souscription…

La contrainte principale à laquelle on songe immédiatement est d’ordre fiscal. Elle-même se subdivise en nombreuses sous-contraintes ayant une proche parenté:

  • ce peut être l’obligation d’attendre la fin d’une période d’indisponibilité;
  • ce peut être le souhait d’attendre la fin d’une période de portage lorsque les taux d’imposition des plus-values deviennent plus faibles;
  • ce peut être la nécessité d’attendre une date future à laquelle la plus-value taxable aura disparu. Depuis peu, le CGI prévoit que les plus-values sur titres ne seront plus imposables au terme d’une détention de 8 ans3. Il y a également lieu de rappeler que les plus-values sont purgées, c’est-à-dire disparaissent lorsque les titres qui en comportent font l’objet d’une succession ou d’une donation;
  • ce peut être également l’attente liée à un départ à l’étranger faisant du propriétaire des titres un résident fiscal d’un autre pays.

L’utilisation de mécanismes optionnels, qui a par ailleurs des applications plus étendues, peut permettre de pallier les limites de la diversification.

 

1. Par exemple, un cadre dirigeant qui aurait décidé ou aurait une grande probabilité de passer sa retraite dans un pays de la zone dollar réduirait le risque attaché à ses actifs financiers si ceux-ci étaient indexés sur la valeur de cette devise.

2. La réflexion s’applique moins aux patrimoines d’ampleur considérable.

3. La date la plus ancienne à retenir pour la détention a été fixée au 1er janvier 2006 (ou au 1er janvier 2009 selon l’issue du vote de la loi de finances pour 2011). L’exemption d’imposition s’applique à un tiers de la plus-value au terme de 6ans de détention et à deux tiers après 7 ans de détention.